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Feuilles de vigne qui jaunissent ou rougissent : trouver la cause
Vigne

Feuilles de vigne qui jaunissent ou rougissent : trouver la cause

14 septembre 2026
|Papy Potager|
12 min de lecture
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Une vigne en bonne santé affiche un feuillage vert soutenu du débourrement jusqu’aux vendanges. Voir les feuilles virer au jaune pâle ou au rouge brique en pleine saison de végétation, c’est rarement anodin. La question surgit alors naturellement : s’agit-il d’une simple carence minérale, d’une maladie fongique, ou d’un symptôme plus grave comme la flavescence dorée ?

La difficulté tient au fait que plusieurs causes différentes peuvent produire des symptômes visuellement proches. Un jaunissement entre les nervures peut trahir un manque de fer ou de magnésium. Une teinte rouge qui gagne progressivement le feuillage peut signer une carence en phosphore, une attaque de black-rot ou, dans les cas les plus préoccupants, une maladie à phytoplasme. Sans grille de lecture, on risque de traiter à tort ou de passer à côté d’un foyer qui se propage discrètement.

Ce guide propose une méthode de diagnostic progressive. Vous apprendrez à lire les symptômes par leur localisation sur la feuille, par leur répartition sur le cep, par la période d’apparition et par les éventuels signes associés. Chaque étape affine la piste jusqu’à vous orienter vers une action concrète. Certaines causes se règlent avec un apport minéral ou un traitement préventif. D’autres, comme la flavescence dorée, impliquent une obligation de signalement et des mesures de gestion à l’échelle du vignoble entier.

La vigne pardonne beaucoup de choses. Une erreur de diagnostic, en revanche, peut coûter plusieurs années de production. Mieux vaut prendre dix minutes pour bien observer avant d’agir.


Ce qu’il faut noter avant de poser un diagnostic

Un bon diagnostic commence par une observation méthodique, pas par une recherche d’images en ligne. Avant de chercher la cause, notez quatre éléments qui conditionneront toute votre analyse.

La période d’apparition compte beaucoup : un jaunissement en mai sur de jeunes feuilles n’a pas la même signification qu’un rougissement en juillet sur des feuilles adultes. Les carences minérales apparaissent souvent tôt en saison, au moment de la forte demande en nutriments. Les maladies fongiques s’installent plutôt après les premières pluies chaudes, entre mai et juillet. La flavescence dorée se manifeste typiquement en juin-juillet sur les ceps atteints.

La répartition sur le cep est tout aussi instructive. Les symptômes touchent-ils toutes les feuilles ou seulement certains rameaux ? Une carence atteint généralement tout le pied de manière diffuse. Une maladie vasculaire comme l’eutypiose ou la flavescence dorée peut ne toucher qu’un ou deux bras du cep, en laissant le reste intact pendant plusieurs mois.

La localisation sur la feuille oriente directement le diagnostic. Le jaunissement part-il des bords, du centre ou des espaces entre les nervures ? Une chlorose internervaire sur les jeunes feuilles pointe vers une carence en fer. Le même symptôme sur les feuilles âgées suggère plutôt le magnésium.

Enfin, notez les signes associés : présence de fructifications fongiques (feutrage blanc, taches huileuses), enroulement des feuilles vers le bas, dessèchement des rameaux, présence de cicadelles sur le feuillage. Ces indices complémentaires permettent souvent de trancher entre deux hypothèses proches.

💡 Astuce : Photographiez les symptômes sur plusieurs ceps différents le même jour. Si un seul pied est atteint, la cause est probablement localisée (sol, maladie vasculaire). Si plusieurs pieds voisins présentent les mêmes signes en même temps, une cause systémique ou une maladie à vecteur devient beaucoup plus probable.


Les carences minérales : première piste à explorer

Les carences sont responsables d’une grande part des jaunissements sur les vignes de jardin. Elles surviennent surtout dans les sols calcaires à pH élevé, qui bloquent l’absorption de certains minéraux même quand ils sont présents en quantité suffisante dans la terre.

La chlorose ferrique est la plus répandue. Elle se manifeste par un jaunissement vif des jeunes feuilles situées en haut des rameaux, alors que les nervures restent nettement vertes. Ce symptôme internervaire caractéristique apparaît sur un sol calcaire à pH supérieur à 7,5 : le fer est présent mais sous une forme non disponible pour la plante. La solution passe par un apport de chélate de fer en sol ou par un traitement foliaire, et parfois par un travail progressif sur le pH avec du soufre ou de la matière organique acidifiante.

Le manque de magnésium produit un tableau similaire, mais sur les feuilles les plus anciennes, situées à la base des rameaux. Le jaunissement, voire le rougissement internervaire, commence par les feuilles adultes et remonte progressivement vers le haut du sarment au fil des semaines. Un apport de sulfate de magnésie en solution diluée, appliqué par voie foliaire, donne des résultats visibles en deux à trois semaines.

La carence en azote donne, elle, un jaunissement généralisé et uniforme du feuillage, qui prend une teinte vert pâle à jaune verdâtre. Les feuilles restent entières, sans nécrose ni rougissement particulier. Ce tableau s’observe surtout sur des sols pauvres ou après des hivers très pluvieux qui ont lessivé les réserves. Un apport de compost mûr ou d’engrais azoté au printemps suffit dans la plupart des situations.

Arbre de décision pour diagnostiquer la cause d'un changement de couleur des feuilles de vigne

Cet arbre de diagnostic oriente rapidement vers la cause principale selon la localisation et la nature des symptômes


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Les maladies fongiques qui décolorent le feuillage

Plusieurs maladies cryptogamiques courantes de la vigne provoquent des modifications de couleur du feuillage, parfois difficiles à distinguer des carences au premier regard.

Le mildiou (Plasmopara viticola) est souvent le premier suspect après une période pluvieuse. Sur la face supérieure des feuilles, il provoque des taches jaunes translucides à contour diffus, les fameuses « taches d’huile ». Par temps humide, un feutrage blanc grisâtre apparaît en face inférieure exactement au même endroit. Ces taches évoluent ensuite vers le brun, se nécrosent et peuvent couvrir une grande partie du limbe si aucune intervention n’est faite. Le mildiou s’observe surtout de mai à juillet, après des épisodes chauds et pluvieux.

Le black-rot (Guignardia bidwellii) donne des taches circulaires brun clair à brunes, bordées d’un anneau plus sombre, sur les feuilles et aussi sur les jeunes baies. Sur le feuillage, les taches sont bien délimitées et contiennent de petits points noirs visibles à l’œil nu : les pycnides du champignon. Une attaque sévère peut entraîner un jaunissement puis un dessèchement progressif des feuilles atteintes.

L’excoriose (Phomopsis viticola) touche principalement les rameaux et les entre-nœuds, mais elle peut provoquer un jaunissement sur les jeunes feuilles en tout début de saison, juste après le débourrement. Les feuilles atteintes présentent de petites taches chlorotiques anguleuses le long des nervures secondaires.

⚠️ Attention : Face à une maladie fongique, l’identification précise de l’agent en cause conditionne le traitement. Le cuivre est actif contre le mildiou mais sans effet sur le black-rot. Le soufre s’emploie contre l’oïdium, pas contre le mildiou. Traiter sans avoir identifié la maladie, c’est souvent agir trop tard sur la mauvaise cible.


La flavescence dorée : reconnaître les signes d’une alerte sanitaire

La flavescence dorée mérite une attention séparée. C’est une maladie à phytoplasme, transmise par la cicadelle Scaphoideus titanus. Elle fait l’objet d’une lutte obligatoire dans les zones contaminées en France depuis plusieurs décennies, et sa progression reste préoccupante dans de nombreux vignobles.

Les symptômes sont caractéristiques mais parfois tardifs à se déclarer pleinement. En juillet-août, les feuilles des ceps atteints prennent une teinte dorée à jaune vif sur les cépages blancs, ou rouge sang à pourpre sombre sur les cépages rouges. Le limbe durcit et s’enroule vers le bas, comme s’il se recroquevillait sur lui-même. Les rameaux ne s’aoûtent pas normalement : ils restent souples, verts, et pendent au lieu de se redresser. Les grappes, elles, sèchent ou ne fructifient pas du tout.

Un cep atteint de flavescence dorée ne guérit pas spontanément. En l’absence de mesures, il décline sur deux à trois saisons et meurt. Plus grave encore, il constitue un foyer d’infestation pour les pieds voisins via la cicadelle vectrice.

La confusion avec d’autres symptômes est fréquente. Une carence sévère en magnésium ou un stress hydrique intense peuvent ressembler aux premiers stades de la maladie. La distinction tient à l’ensemble du tableau clinique : enroulement du limbe vers le bas, non-aoûtement des rameaux, évolution rapide concentrée sur un ou quelques bras du cep, en plein cœur de l’été.

Si vous suspectez la flavescence dorée, signalez-le sans délai à votre DRAAF (Direction régionale de l’alimentation, de l’agriculture et de la forêt). Dans les zones soumises à arrêté préfectoral, le traitement insecticide contre la cicadelle est obligatoire et les pieds fortement atteints doivent être arrachés.


Les causes environnementales et physiologiques

Les décolorations du feuillage ne sont pas toujours d’origine infectieuse ou nutritionnelle. Le stress hydrique, la nature du sol et les chocs thermiques peuvent produire des symptômes tout aussi spectaculaires.

Une sécheresse prolongée pousse la vigne à économiser ses ressources. Les feuilles les plus âgées, situées à la base des rameaux, jaunissent puis tombent les premières. Ce phénomène s’observe surtout en juillet-août lors des canicules. La vigne supporte bien la sécheresse ponctuelle, mais un stress répété sur plusieurs années affaiblit la plante et l’expose davantage aux maladies vasculaires.

Un excès d’eau produit l’effet inverse : un jaunissement généralisé accompagné de feuilles molles, sans turgescence. Les racines asphyxiées dans un sol gorgé d’eau ne peuvent plus absorber les minéraux disponibles. Ce problème touche notamment les vignes plantées dans des sols argileux compacts ou des zones basses où l’eau stagne après les pluies.

Les brûlures solaires donnent des taches claires à blanches, nécrotiques, sur la partie supérieure des feuilles exposées directement au soleil lors des fortes chaleurs. Elles sont bien délimitées, ne se propagent pas et n’évoluent plus après la vague de chaleur. Aucune intervention n’est nécessaire.

Enfin, certains rougissements ou jaunissements localisés proviennent de l’eutypiose (Eutypa lata), une maladie du bois qui pénètre par les plaies de taille. Elle entraîne le dessèchement d’un ou plusieurs bras dès le début du printemps, avec des feuilles réduites, déformées et chlorotiques portées par ces bras uniquement. Le reste du cep peut sembler parfaitement sain.


Les erreurs de diagnostic les plus fréquentes

Poser un mauvais diagnostic est plus courant qu’on ne le croit, même chez des jardiniers expérimentés. Certaines confusions reviennent régulièrement.

Confondre la chlorose ferrique et la flavescence dorée est une erreur classique en début de symptômes. Les deux provoquent un jaunissement visible, mais les détails les distinguent nettement : la chlorose ferrique n’enroule jamais les feuilles et n’affecte pas l’aoûtement des rameaux. Un apport de chélate de fer sur un pied atteint de flavescence dorée n’aura aucun effet sur l’évolution de la maladie.

Traiter un mildiou avec du soufre est une autre confusion répandue. Le soufre est actif contre l’oïdium, pas contre le mildiou. Les deux maladies touchent les mêmes organes à des périodes voisines, ce qui entretient la confusion. Identifier laquelle est en cause avant d’ouvrir le pulvérisateur évite une perte de temps et une dépense inutile.

Attribuer un rougissement automnal précoce à la flavescence dorée est aussi un piège classique. En septembre, certaines variétés commencent naturellement à prendre des teintes rouges ou dorées avec la baisse des températures nocturnes. Ce changement physiologique est symétrique sur tout le cep, touche les feuilles les plus vieilles en premier, et n’est accompagné d’aucun autre symptôme. La flavescence dorée survient en plein été et présente toujours un tableau clinique plus complet.

Sous-estimer un symptôme unique et isolé, enfin, est une erreur à ne pas commettre. Un seul cep qui jaunit peut sembler anecdotique. C’est souvent un foyer en formation.


Agir efficacement selon la cause identifiée

Une fois la cause établie, les interventions à mener diffèrent radicalement selon qu’il s’agit d’une carence, d’une maladie fongique, de la flavescence dorée ou d’un stress environnemental.

Pour les carences, la voie foliaire agit vite mais ne dure pas. Appliquez le traitement par temps couvert, sans pluie prévue dans les 24 heures, pour maximiser l’absorption. Pour un résultat durable, travaillez sur le pH du sol en parallèle : un apport régulier de matière organique acidifiante peut progressivement améliorer la disponibilité des minéraux dans les sols calcaires. La patience est de mise, car l’amélioration du sol se compte en saisons, pas en semaines.

Face à une maladie fongique, la prévention vaut mieux que le curatif. Un programme de traitements au cuivre contre le mildiou, démarré dès le stade 5-6 feuilles, protège efficacement sur toute la saison à condition d’être renouvelé après chaque pluie abondante. La taille courte et l’effeuillage raisonné du rang améliorent l’aération et réduisent durablement la pression des maladies.

Pour les maladies du bois comme l’eutypiose, les ceps très touchés gagnent à être recépés : une taille très sévère pour repartir sur un nouveau bras sain. Cette opération se fait en hiver, avec des outils désinfectés à l’alcool entre chaque pied, pour ne pas propager le champignon d’un cep à l’autre.

Chlorose ferrique sur feuille de vigne avec jaunissement internervaire et nervures vertes

Chlorose ferrique : les nervures restent vertes tandis que le limbe jaunit entre elles

Taches de black-rot sur feuille de vigne avec points noirs caractéristiques

Black-rot : taches circulaires brunes à bord sombre, avec pycnides noires visibles à l'oeil nu

Symptômes de flavescence dorée sur feuilles de vigne d'un cépage blanc en juillet

Flavescence dorée : feuilles dorées et enroulées vers le bas, rameaux non aoûtés en plein été

Trois types de décolorations parmi les plus fréquentes sur feuilles de vigne, à reconnaître pour agir au bon moment

Si vous suspectez la flavescence dorée, aucun traitement curatif n’existe à ce jour pour le cep lui-même. La gestion passe par l’arrachage des pieds fortement atteints et la lutte insecticide contre la cicadelle vectrice, menée à l’échelle de tout le secteur concerné.


Un diagnostic en cinq points pour ne rien rater

Le jaunissement ou le rougissement du feuillage d’une vigne forme un ensemble de signaux que la plante émet, et chacun pointe dans une direction différente. Observer la localisation des symptômes, leur distribution sur le cep, leur période d’apparition et les signes associés permet d’éliminer les hypothèses une par une jusqu’à trouver la cause réelle.

Dans la grande majorité des situations rencontrées au jardin, il s’agit d’une carence corrigeable ou d’une maladie fongique gérable. Un apport de chélate de fer, quelques traitements préventifs au cuivre, une taille plus aérée : ces interventions simples suffisent à rétablir un feuillage sain en une ou deux saisons.

La vigilance reste entière face à la flavescence dorée. Cette maladie progresse discrètement avant que les symptômes deviennent évidents, et elle ne pardonne pas l’inaction. Dans les zones sensibles, vérifiez vos pieds chaque été entre juillet et mi-août, quand les symptômes atteignent leur maximum d’expression.

Pour votre prochaine observation, procédez ainsi : examinez d’abord les jeunes pousses situées en haut des rameaux, puis les feuilles de la base. Vérifiez si les nervures restent vertes, si les feuilles s’enroulent, si les rameaux pendent au lieu de se tenir droits. Avec ces quatre points notés, vous disposez de suffisamment d’informations pour orienter votre diagnostic vers une carence, une maladie fongique, un problème de bois ou une alerte sanitaire à traiter en urgence.

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