
Ton pommier fait des gourmands qui filent à la verticale : Les supprimer cet été
Vous regardez votre pommier début juillet et vous voyez des tiges qui montent droit comme des baguettes. Elles n’existaient pas au printemps, ou presque. En quelques semaines, elles ont doublé de longueur et commencent à dépasser les branches fruitières. Ce sont des gourmands. Si vous ne les supprimez pas cet été, votre arbre va passer l’automne à nourrir du bois inutile au lieu de finir ses pommes.
Supprimer un gourmand ne demande ni compétence particulière, ni matériel coûteux. Ce qui demande un peu d’attention, c’est de savoir reconnaître exactement ce qu’on coupe, de choisir le bon moment dans la saison, et d’adopter le bon geste pour éviter de stimuler ce qu’on cherche à éliminer. Beaucoup de jardiniers amateurs hésitent parce qu’ils ont peur de mal tailler et d’abîmer leur arbre. Cette peur est compréhensible, mais elle coûte cher : un gourmand laissé en place affaiblit la fructification, encombre la couronne et favorise les maladies en réduisant la circulation d’air.
L’été est précisément la meilleure fenêtre pour agir. Contrairement à la taille hivernale qui stimule la croissance, une intervention en juillet ou août ralentit la vigueur de l’arbre. Les plaies cicatrisent vite par temps chaud. Et surtout, vous voyez ce que vous faites : les feuilles en place rendent la structure parfaitement lisible, le bois gourmand se détache clairement du reste de la charpente.
Ce guide vous accompagne étape par étape, depuis l’identification des gourmands jusqu’à la coupe propre, en passant par les erreurs classiques qui font repousser ces indésirables deux fois plus vite. Prenez quinze minutes cet été avec votre sécateur, et votre pommier vous le rendra en pommes cet automne.
Comprendre pourquoi votre pommier produit des gourmands
Un gourmand, en arboriculture fruitière, c’est une pousse à croissance verticale et rapide, qui naît directement du tronc, des charpentières ou des branches de charpente. On reconnaît ces tiges à leur attitude rigide, leur couleur souvent plus claire, leurs entre-nœuds longs et leur absence totale de fruits. Elles montent droit, parfois de 60 à 80 cm en une seule saison, ce qui tranche brutalement avec le développement plus harmonieux des rameaux fruitiers normaux.
Pourquoi le pommier en produit-il ? En général, cela répond à un déséquilibre. Une taille hivernale trop sévère envoie un signal fort à l’arbre : beaucoup de bois a disparu, il faut reconstituer du volume rapidement. L’arbre réagit en puisant dans ses réserves pour produire ces pousses vigoureuses, situées le plus souvent au niveau des coupes ou dans les courbures de branches. Mais le porte-greffe joue aussi un rôle : les variétés greffées sur porte-greffe vigoureux (MM 106 ou franc) produisent davantage de gourmands que celles sur porte-greffe nanisant (M9 ou M26).
Le stress hydrique, une blessure mécanique, un tronc cerclé par du lierre ou un fil oublié peuvent également déclencher cette réaction de défense. L’arbre cherche à rééquilibrer sa surface foliaire, et les gourmands sont sa façon la plus rapide d’y parvenir. Le problème, c’est que cette énergie dépensée en hauteur se fait au détriment de la floraison et de la grosseur des fruits.
Comprendre cette logique, c’est déjà comprendre pourquoi supprimer les gourmands au bon moment, sans brutalité, évite de relancer le cycle indéfiniment.
Pourquoi l’été est le meilleur moment pour tailler en vert
Beaucoup de jardiniers attendent l’hiver pour tailler leur pommier. C’est une habitude raisonnable pour la taille de formation ou d’entretien général. Mais pour les gourmands spécifiquement, l’été offre des avantages que l’hiver ne peut pas reproduire.
La sève circule moins vite en été qu’au printemps. Quand vous supprimez un gourmand en juillet, vous ne déclenchez pas la même réaction hormonale qu’en mars. La plaie cicatrice rapidement grâce à la chaleur, et l’arbre ne ressent pas le besoin urgent de reconstituer du bois. Résultat : beaucoup moins de repousses agressives dans les semaines qui suivent.
Deuxième avantage : vous voyez la structure de la couronne avec précision. En hiver, l’arbre nu peut être difficile à lire pour un jardinier débutant. En été, les feuilles révèlent exactement où se trouve le déséquilibre, quelles branches portent des fruits et lesquelles ne servent à rien. Un gourmand en plein milieu de la couronne, qui prive ses voisins de lumière, est immédiatement visible.
La fenêtre idéale s’étend de fin juin à fin août. Avant cette période, les gourmands sont encore tendres et peu lignifiés, ce qui les rend faciles à supprimer à la main ou au sécateur. Après mi-septembre, mieux vaut attendre la dormance hivernale pour ne pas fragiliser l’arbre à l’approche du froid.
Si vous intervenez en juillet sur un arbre vigoureux, passez deux fois plutôt qu’une. Une première suppression en juillet, une vérification en août pour traiter les repousses éventuelles. Deux passages courts valent mieux qu’un seul marathon.
Identifier et supprimer les gourmands : la méthode pas à pas
Étape 1 : repérer les vrais gourmands
Avant de couper quoi que ce soit, prenez le temps d’observer. Tous les rameaux verticaux ne sont pas des gourmands à supprimer. Certaines pousses redressées peuvent porter des boutons floraux et produiront des fruits l’année suivante. Un vrai gourmand, lui, présente des entre-nœuds très longs (souvent plus de 5 cm), une couleur vert vif ou rouge franc, un bois souple et aucun bourgeon à fruit visible.
Vérification : passez la main le long de la tige. Un rameau fruitier porte des petits bourgeaux arrondis et trapus. Un gourmand n’a que des bourgeons allongés, pointus, sans relief.
Étape 2 : choisir l’outil adapté
Pour les gourmands récents et encore tendres (moins de 30 cm, diamètre inférieur à 1 cm), un sécateur bien affûté suffit. Pour les pousses déjà lignifiées de l’an dernier qui ont été oubliées, une petite scie ou un ébranchoir à cliquet est plus confortable.
Désinfectez la lame avant de commencer, surtout si votre jardin a connu du feu bactérien (Erwinia amylovora) dans les saisons passées. Un chiffon imbibé d’alcool à 70° fait l’affaire.
Étape 3 : couper au bon endroit
C’est l’étape la plus importante. Coupez le gourmand à ras de son point d’attache, sans laisser de chicot. Un chicot de 1 à 2 cm laissé en place va sécher, puis servir de point d’entrée pour les champignons. Il favorise également la repousse en laissant des cellules méristématiques actives.
La coupe doit être nette, légèrement oblique pour éviter la stagnation d’eau, et rejoindre le bourrelet d’écorce naturel de la branche mère. Si le gourmand est épais, ne tordez pas la tige pour l’arracher : vous risquez de déchirer l’écorce et d’agrandir la blessure.
La coupe doit rejoindre le bourrelet naturel sans laisser de chicot.
Étape 4 : décider si on traite la plaie
Pour les coupes inférieures à 2 cm de diamètre, aucun mastic cicatrisant n’est nécessaire. L’arbre gère seul. Au-delà de 3-4 cm, un mastic de greffe ou une cicatrisante naturelle (lait de chaux dilué, par exemple) peut accélérer le recouvrement, notamment si le temps est pluvieux dans les jours suivants.
Optimiser le résultat et soigner votre pommier après la coupe
Une fois les gourmands supprimés, prenez une minute pour évaluer l’équilibre général de votre arbre. La couronne doit laisser passer la lumière jusqu’au centre. Si vous levez les yeux à travers les branches, vous devez voir du ciel. Un arbre trop dense, même sans gourmands, produira des fruits de faible calibre sur les branches intérieures qui manquent de lumière.
Après une session de suppression en juillet, quelques rares gourmands vont tenter une repousse dans les semaines suivantes. Ce n’est pas un échec : c’est la réponse normale d’un arbre vigoureux. Passez simplement une seconde fois en août pour éliminer ces nouvelles pousses pendant qu’elles sont encore tendres. Cette régularité, plus que la perfection d’une seule intervention, est ce qui donne des résultats durables.
Arrosez votre pommier le soir après une journée de taille intense, surtout en période de sécheresse. Les pousses supprimées représentent une perte brutale de surface foliaire active, et l’arbre peut se trouver légèrement stressé si le sol est très sec. Un bon arrosage en profondeur (20 à 30 litres directement au pied) l’aide à encaisser l’intervention.
Ne supprimez pas plus d’un tiers du volume de la couronne en une seule session d’été. Si votre pommier est très envahi, étalez le travail sur deux saisons. Une taille trop drastique en période végétative peut provoquer une réaction encore plus violente l’année suivante, avec une explosion de nouveaux gourmands.
Les erreurs qui font revenir les gourmands encore plus vite
La première erreur est de tordre ou d’arracher les gourmands à la main sans sécateur. Le geste semble plus rapide, mais il déchire l’écorce de la branche mère et stimule précisément les cellules de croissance qu’il faudrait décourager. Résultat visible trois semaines plus tard : deux ou trois nouvelles pousses à l’exact endroit de l’arrachage.
Laisser des chicots est la deuxième faute classique. On coupe trop loin, on laisse 2 cm de bois mort, et ce moignon sèche jusqu’au bourrelet tout en accueillant des spores de champignons. Le chancre peut s’installer en quelques semaines sur un bois affaibli.
Troisième erreur : tout couper en une fois après des années de négligence. Un arbre qui n’a pas été entretenu depuis trois ou quatre ans aura accumulé des gourmands désormais lignifiés, presque des branches à part entière. Supprimer tout cela en juillet revient à lui retirer une part énorme de sa surface foliaire en pleine période de croissance. L’arbre entre en stress et répond dès le printemps suivant par une production de gourmands encore plus abondante.
Enfin, oublier de désinfecter son sécateur entre plusieurs arbres peut propager silencieusement le feu bactérien ou des maladies fongiques d’un arbre à l’autre. En France, le feu bactérien est présent dans de nombreuses régions, et les pommiers y sont particulièrement sensibles pendant la saison active.
Les outils qu’il vous faut vraiment
Inutile d’investir dans un arsenal complet pour supprimer des gourmands. Voici ce qui suffit réellement :
- Un sécateur à lame franche (modèle à enclume ou à bypass, selon votre préférence), affûté et propre
- Un ébranchoir à cliquet pour les rameaux de plus de 2 cm de diamètre
- Un chiffon + alcool à 70° pour désinfecter entre les arbres
- Un mastic cicatrisant en tube (facultatif, mais utile si votre région est humide et si vous faites des coupes larges)
Le sécateur à bypass (deux lames qui se croisent comme des ciseaux) est préférable pour les coupes nettes sur bois vivant. Le modèle à enclume (lame frappant sur une contre-lame fixe) est plus robuste sur les vieux bois secs. Pour des gourmands d’été encore tendres, le bypass est l’outil de référence.
Si votre pommier est palissé contre un mur ou en espalier, gardez une règle ou un bâton d’environ 1 mètre à portée de main. Posez-le contre les rameaux horizontaux pour vérifier leur angle : tout ce qui dépasse de 20° vers le haut mérite une attention particulière.
Concernant l’application d’une aide numérique : un calendrier de jardinage adapté à votre région vous aidera à ne pas rater la fenêtre optimale de juillet-août. Les dates varient selon l’altitude et le climat local. Un suivi personnalisé par zone géographique, comme celui que propose papypotager, permet de recevoir un rappel précis au bon moment sans avoir à mémoriser les périodes d’intervention pour chaque fruitier.
Pour finir : un pommier qui produit, c’est un pommier qu’on regarde
Supprimer les gourmands d’un pommier en été, c’est un geste qui prend entre quinze et trente minutes selon la taille de l’arbre. Il n’exige aucune expertise particulière, juste un peu d’observation et un sécateur propre. Les bénéfices sont concrets et visibles dès l’automne : une couronne plus aérée, des pommes mieux exposées à la lumière, un calibre souvent supérieur.
Le jardinage fruitier intimide souvent parce qu’on a peur de commettre une erreur irréversible. Coupez trop, et l’arbre ne produit plus. Ne coupez pas, et les gourmands prennent la place. La vérité, c’est qu’un pommier est un arbre robuste. Il supporte les maladresses, surtout quand on intervient en saison végétative avec un outil propre et des coupes nettes.
La vraie erreur à éviter, c’est l’inaction. Un gourmand laissé une saison finit par devenir une branche ligneuse qui perturbe durablement l’équilibre de l’arbre. Le traiter cet été, pendant qu’il est encore tendre, vous épargne un travail bien plus contraignant l’hiver prochain.
Prochaine étape concrète : sortez dans votre jardin ce week-end, identifiez les pousses verticales sur votre pommier en vous aidant de ce guide, et supprimez celles qui correspondent aux critères décrits. Commencez par les plus évidentes, au centre de la couronne, là où elles bloquent la lumière. Vous verrez immédiatement la différence à l’œil nu, et votre arbre commencera à concentrer son énergie là où vous en avez besoin : sur les fruits.
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