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Bouillie bordelaise, purin de prêle, bicarbonate : Que vaut chaque traitement contre les maladies de la tomate ?
Tomates

Bouillie bordelaise, purin de prêle, bicarbonate : Que vaut chaque traitement contre les maladies de la tomate ?

30 juin 2026
|Papy Potager|
11 min de lecture
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Chaque été, c’est la même scène. Des feuilles qui jaunissent par le bas, des taches brunes qui progressent, des fruits qui pourrissent avant d’avoir eu le temps de rougir. Le mildiou s’installe souvent en quelques jours à peine, et quand vous le voyez vraiment, il a parfois déjà fait le tour du plant. Ce n’est pas une question de manque de soin : les maladies de la tomate sont redoutables, et l’été humide leur tend le tapis rouge.

Face à ça, les jardiniers amateurs se retrouvent devant une armoire à pharmacie improvisée. Bouillie bordelaise achetée au marché du coin, purin de prêle préparé en grande casserole, bicarbonate récupéré dans le placard de cuisine. Tous ces produits circulent dans les conversations de jardin, parfois présentés comme des solutions miracles, parfois comme des impostures. Chacun a un mode d’action précis, des conditions d’efficacité bien définies, et des limites qu’on ne peut pas ignorer.

Le problème, quand on lit les conseils génériques sur internet, c’est qu’ils ne disent jamais à quelle maladie on a affaire. Or traiter un oïdium avec ce qu’on utilise contre le mildiou, c’est aussi efficace que d’arroser un incendie avec de l’huile. Comprendre ce qu’on combat, c’est la première étape. Choisir le bon outil, c’est la seconde.

Cet article passe chaque traitement en revue : ce qu’il contient, comment il agit sur les champignons pathogènes, dans quelles situations il est utile, et où il montre ses limites. Avec les erreurs classiques qui réduisent à néant des heures de préparation. Parce que traiter ses tomates ne devrait pas ressembler à un concours de chimie : ça devrait ressembler à un geste simple, posé au bon moment, sur la bonne plante.


Identifier la maladie avant de traiter

Avant d’ouvrir quoi que ce soit, posez-vous une question : de quoi souffre vraiment le plant ? Un diagnostic approximatif conduit à un traitement inutile, voire contre-productif. Les tomates sont sensibles à plusieurs maladies fongiques distinctes, et chacune a une signature visuelle reconnaissable.

Le mildiou (Phytophthora infestans) commence par des taches huileuses vert-jaune sur les feuilles supérieures, puis un duvet blanc-grisâtre apparaît sous la feuille. Il se propage vite par temps chaud et humide, surtout quand les nuits restent douces. L’alternaria (maladie des taches brunes) produit des lésions concentriques sèches, souvent sur les feuilles du bas en premier. L’oïdium, lui, se reconnaît à son feutrage blanc farineux sur les deux faces de la feuille : il apparaît plutôt par temps chaud et sec avec des nuits fraîches.

Ces trois profils de maladies n’appellent pas les mêmes réponses. C’est précisément là que le choix du traitement devient décisif.

En cas de doute, photographiez la feuille atteinte de près (face supérieure et face inférieure) avant de traiter. Une bonne photo permet souvent de trancher entre mildiou et alternaria, et d’éviter de traiter à l’aveugle.

Un dernier point avant de commencer : tous les traitements préventifs sont plus efficaces que les traitements curatifs. Attendre que la maladie soit visible pour agir, c’est déjà partir avec un train de retard. L’idéal, surtout en été pluvieux, c’est d’intervenir avant les symptômes, dès que les conditions météo deviennent favorables aux champignons.


La bouillie bordelaise : le classique incontournable

La bouillie bordelaise, c’est un mélange de sulfate de cuivre et de chaux. Mise au point à Bordeaux au XIXe siècle pour protéger la vigne, elle reste aujourd’hui l’un des traitements fongicides les plus utilisés au potager, y compris en agriculture biologique. Son mode d’action repose sur la libération lente d’ions cuivre, qui inhibent la germination des spores fongiques sur la surface des feuilles.

Elle agit en préventif, pas en curatif. Appliquée avant l’arrivée de la maladie, elle forme une barrière protectrice sur le feuillage. Une fois le mildiou installé, elle ralentit la progression mais ne guérit pas les parties déjà atteintes. C’est une nuance que beaucoup de jardiniers découvrent trop tard.

Pour les tomates, on la dilue généralement à 1 % (10 g pour 1 litre d’eau) et on pulvérise sur les deux faces des feuilles jusqu’à ruissellement léger. Il faut renouveler après chaque pluie abondante, car le cuivre se lave. En été humide, cela peut vouloir dire une application toutes les semaines.

Ses limites méritent d’être dites clairement. Le cuivre s’accumule dans le sol avec les années et devient toxique pour les vers de terre et certains micro-organismes à haute dose. L’usage est encadré en agriculture biologique : ne pas dépasser 6 kg de cuivre métal par hectare et par an. À l’échelle d’un jardin amateur, on est loin de ces seuils, mais mieux vaut ne pas en abuser saison après saison sur les mêmes parcelles.

Ne pulvérisez jamais la bouillie bordelaise par temps de pluie annoncée dans les heures suivantes, ni en plein soleil (risque de brûlure foliaire). Le créneau idéal : tôt le matin par temps couvert, vent nul ou faible.


Le purin de prêle : l’allié préventif du jardinier bio

La prêle des champs (Equisetum arvense) est riche en silice. Cette silice, une fois absorbée par les plantes via un arrosage au pied ou une pulvérisation foliaire, renforce la paroi cellulaire des tissus végétaux. Un tissu plus dense et plus rigide résiste mieux à la pénétration des champignons. C’est le principe actif du purin de prêle : non pas tuer les champignons, mais rendre la plante moins vulnérable.

Le purin se prépare en laissant macérer 100 g de prêle fraîche (ou 10 g de prêle sèche) dans 1 litre d’eau pendant 24 à 48 heures. On filtre, on dilue à 20 % dans de l’eau (200 ml de purin pour 800 ml d’eau) et on pulvérise sur le feuillage. Pour un effet stimulant sur les racines, on peut aussi arroser directement au pied à la même dilution.

Ce traitement n’a pas d’action fongicide directe. Il prépare le terrain, renforce les défenses naturelles, et donne à la plante les moyens de mieux répondre à une attaque. C’est pour ça qu’il fonctionne mieux utilisé en prévention régulière (toutes les deux semaines dès le début de la saison) qu’en réponse à une maladie déjà déclarée.

Son avantage principal : l’absence totale de toxicité pour le sol, les insectes auxiliaires et les humains. On peut l’utiliser sans restriction, autant de fois qu’on le souhaite, sur toutes les cultures. C’est le traitement le plus doux de cette liste, aussi celui qui offre les résultats les moins spectaculaires en situation d’urgence. Ne lui demandez pas ce qu’il ne peut pas donner.


Le bicarbonate de soude : efficace contre l’oïdium, inutile contre le mildiou

Le bicarbonate de soude modifie le pH de la surface foliaire. Les champignons responsables de l’oïdium apprécient un environnement légèrement acide : en alcalinisant la feuille, le bicarbonate crée des conditions qui leur conviennent mal. Cette action est fongicide de contact, directe et rapide.

Sa cible principale, c’est l’oïdium. Pour le mildiou ou l’alternaria, son efficacité est très limitée. C’est un point de confusion fréquent : beaucoup de jardiniers l’utilisent contre toutes les maladies fongiques, alors qu’il est spécifiquement adapté aux champignons superficiels qui vivent à la surface des tissus végétaux.

La préparation est simple : 10 g de bicarbonate par litre d’eau, avec quelques gouttes de savon noir liquide pour améliorer l’adhérence sur les feuilles. On pulvérise sur les zones atteintes et autour. L’effet est visible rapidement, souvent en 48 heures sur les premiers signes d’oïdium.

Quelques précautions s’imposent cependant. À forte concentration ou appliqué par chaleur intense, le bicarbonate peut brûler légèrement le feuillage. Restez à 10 g par litre maximum. Et évitez les applications répétées quotidiennes : deux fois par semaine suffit largement.

Le bicarbonate a un autre avantage souvent ignoré : son coût quasi nul et sa disponibilité immédiate. Pas besoin de commander quoi que ce soit, il est déjà dans votre cuisine. Pour un premier traitement rapide face à des signes d’oïdium, c’est la réponse la plus accessible qui soit.


Les erreurs classiques qui sabotent vos traitements

Beaucoup de jardiniers font l’expérience suivante : ils traitent correctement, avec le bon produit, et la maladie progresse quand même. Voici pourquoi, dans la plupart des cas.

La première erreur est de traiter trop tard. Un plant dont la moitié du feuillage est déjà touché ne sera pas sauvé par la bouillie bordelaise. Les traitements préventifs ou de début d’attaque sont efficaces ; les traitements sur maladie installée limitent la casse, mais ne font pas de miracle. La vigilance régulière, deux fois par semaine en période à risque, vaut mieux que l’intervention d’urgence.

La deuxième erreur porte sur la dilution. Concentrer davantage “pour être sûr” est contre-productif : une bouillie bordelaise trop concentrée brûle les feuilles au lieu de les protéger. Un bicarbonate trop dosé stresse la plante. Respectez les doses indiquées : elles sont le résultat de décennies d’observation, pas d’approximation.

Voici les quatre autres erreurs les plus fréquentes sur le terrain :

  • Pulvériser sous la pluie ou juste avant, ce qui dilue immédiatement le produit
  • Négliger la face inférieure des feuilles, là où les spores se logent en premier
  • Mélanger plusieurs traitements sans savoir s’ils sont compatibles (le bicarbonate et la bouillie bordelaise ne font pas bon ménage : le premier est alcalin, le second réagit différemment selon le pH)
  • Arrêter les traitements dès que les symptômes disparaissent, alors qu’il faut maintenir la protection préventive jusqu’à la fin de la saison

Ne jamais mélanger bouillie bordelaise et bicarbonate dans le même pulvérisateur. Appliquez-les en alternance, avec au moins deux jours d’intervalle, pour éviter des réactions chimiques qui en réduisent l’efficacité.


Construire une stratégie cohérente sur la saison

Un seul traitement ne suffit pas. La vraie protection des tomates contre les maladies fongiques repose sur une approche combinée, où chaque produit joue son rôle au bon moment.

En début de saison, dès la plantation, commencez par des arrosages réguliers au purin de prêle dilué : tous les quinze jours au pied et en pulvérisation foliaire. Cette habitude installe progressivement une résistance de fond dans les tissus. Ce n’est pas spectaculaire, mais ça change le comportement de la plante face au stress climatique.

Dès que les prévisions annoncent une semaine humide, avec des nuits douces et des journées orageuses, c’est le signal pour appliquer la bouillie bordelaise. Pas parce que vous voyez du mildiou : parce que les conditions lui sont favorables. Cette anticipation est ce qui fait la différence entre un plant qui tient tout l’été et un plant sacrifié en juillet.

Si, malgré tout, vous observez un feutrage blanc sur certaines feuilles en plein été chaud, sortez le bicarbonate. C’est l’oïdium, et c’est là que cette solution de cuisine devient véritablement utile.

Le calendrier idéal pour une saison à risque ressemble à ceci : purin de prêle en fond continu, bouillie bordelaise à chaque fenêtre météo défavorable, bicarbonate en réponse à l’oïdium si besoin. Ces trois lignes de défense couvrent l’essentiel des maladies fongiques de la tomate sans se marcher dessus.


Ce que révèle votre jardin spécifique

Les conseils génériques ont une limite que tout jardinier finit par toucher : votre parcelle n’est pas celle du voisin. Un sol lourd et mal drainé crée des conditions d’humidité permanente qui favorisent systématiquement le mildiou. Une exposition au nord ou une haie dense qui bloque la circulation de l’air aggrave le risque. À l’inverse, une exposition plein sud avec un sol sableux dessèche vite le feuillage et favorise plutôt l’oïdium par temps chaud.

Connaître son jardin, c’est savoir quel ennemi on affronte en premier chaque année. Cela permet d’ajuster : davantage de bouillie bordelaise dans les parcelles humides et ombragées, davantage de bicarbonate dans les coins chauds et secs. Les deux profils coexistent parfois à quelques mètres de distance dans un même jardin.

Pour aller plus loin dans cet ajustement, notez chaque année dans un carnet les premiers symptômes observés, les traitements appliqués et les résultats obtenus. Trois saisons de notes suffisent à dégager des tendances claires sur votre sol, votre microclimat, et les variétés qui résistent mieux chez vous. C’est ce type d’observation locale, accumulée dans le temps, qui construit une vraie compétence de jardinier.


Synthèse et conseil pour la prochaine fois

Ces trois traitements ne sont pas en concurrence. Ils répondent à des situations différentes et s’utilisent à des moments différents de la saison. La bouillie bordelaise protège préventivement contre le mildiou et l’alternaria. Le purin de prêle renforce les défenses naturelles de la plante en fond de saison. Le bicarbonate de soude combat l’oïdium en traitement de contact rapide.

Ce qui change tout, c’est la logique d’anticipation plutôt que de réaction. Un jardinier qui surveille la météo, applique la bouillie bordelaise avant les épisodes pluvieux et maintient ses pulvérisations de prêle aura des tomates bien différentes de celui qui attend les premières taches pour agir.

Pour commencer concrètement : la semaine prochaine, si vous avez des plants en terre, faites une pulvérisation de purin de prêle dilué à 20 %. C’est le geste le plus simple, le moins risqué, et il pose une première couche de protection sans attendre de voir quoi que ce soit. Ensuite, consultez la météo des dix prochains jours : si des pluies sont annoncées sur plusieurs jours consécutifs, préparez votre bouillie bordelaise et traitez la veille. C’est ça, jardiner avec une longueur d’avance.

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